Interpol relie l'IA à 55 % des affaires de cybercriminalité africaines de 2025, d'après l'enquête déclarative de ses pays membres
L'organisation policière internationale a rendu public le 3 août son évaluation de la cybermenace africaine pour 2026, un document daté de juin qui porte sur les faits observés entre janvier et décembre 2025. Dans 55 % des affaires de cybercriminalité recensées, l'intelligence artificielle est intervenue « à un titre ou à un autre » : 47 % occasionnellement, 8 % fréquemment. La donnée est déclarative. Elle provient d'un questionnaire adressé à 49 pays membres africains, auquel 36 ont répondu, soit un taux de 73 % très inégal selon les régions, de 56 % en Afrique de l'Est à 94 % en Afrique de l'Ouest. Le rapport reprend par ailleurs du Digital Defense Report 2025 de Microsoft des pertes déclarées passées de 192 millions de dollars en 2024 à 484 millions en 2025, pour un nombre de victimes identifiées porté de 35 000 à 87 000. Il avance ensuite, sur la foi d'estimations agrégées attribuées au cabinet kényan Serianu, un ordre de grandeur tout autre : au moins 5 milliards de dollars de dommages économiques directs sur le continent en 2025, à comparer aux 15,3 milliards de dépenses de cybersécurité de la région. Cette seule estimation est assortie d'une réserve explicite, les données nationales sur les pertes financières restant inégales, du fait de la sous-déclaration et de méthodes de recensement divergentes d'un pays à l'autre. Neal Jetton, directeur de l'unité Cybercriminalité de l'organisation, résume le mouvement en une phrase : l'IA « automatise chaque étape d'une cyberattaque, de la reconnaissance et de l'hameçonnage à l'extorsion et au contournement des détections ». Le rapport documente la fabrication d'identités synthétiques destinées à franchir les contrôles d'entrée en relation, ainsi que l'hameçonnage calibré victime par victime. Il fait aussi état d'une poussée de la sextorsion, que les pays interrogés rattachent prudemment à la facilité nouvelle de produire des images de synthèse convaincantes ; la télémétrie de TrendAI compte de son côté 600 000 détections sur le continent en 2025, dont 30 % venues d'Afrique du Sud et 13 % du Kenya, l'essentiel de la diffusion de ces campagnes étant attribué au botnet Phorpiex et à ses envois massifs de courriels. Le rançongiciel PromptLock, que le rapport présente comme la première souche connue à produire par l'IA des demandes de rançon dynamiques et adaptées au contexte, « reste un concept créé en milieu universitaire ». Interpol n'en tire aucun soulagement : la technologie du rançongiciel propulsé par l'IA « existe désormais », écrit l'organisation, et il n'est selon elle « qu'une question de temps » avant que des acteurs malveillants n'exploitent une technologie similaire à grande échelle et en conditions réelles.
Pourquoi c'est important
Neuf services interrogés sur dix placent le manque d'expertise technique en tête des obstacles à l'adoption d'outils d'IA, et un tiers seulement des agences déclarent y recourir pour détecter les menaces. Le directeur de la conformité d'un opérateur télécoms qui dépose plainte pour fraude à l'identité synthétique verra son dossier arriver devant ces enquêteurs-là, dont la capacité à exploiter une preuve numérique conditionne toute suite judiciaire. D'où l'attention que le rapport porte aux dispositifs de formation. Le Maroc figure parmi les huit pays, avec le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, le Ghana, Maurice, le Nigeria et le Sénégal, auxquels le programme GLACY+, mené conjointement par l'Union européenne et le Conseil de l'Europe, a dispensé des formations à la législation sur la cybercriminalité, au traitement de la preuve électronique et à la coopération internationale. Interpol ne mesure pas les effets de ces sessions ; il les recense parmi plusieurs canaux de montée en compétence, aux côtés du programme européen Cyber4Dev et des actions de l'AFJOC, qu'il pilote lui-même sur financement du ministère britannique des Affaires étrangères. Son constat sévère porte ailleurs : la formation des enquêteurs à distinguer un contenu authentique d'un contenu de synthèse, devenue selon lui une compétence fondamentale de l'enquête, reste rare, sous-financée et inégale à l'échelle du continent.
Source : Interpol
Combler le déficit de compétences en IA →Alibaba met Qwen3.8-Max à la disposition de tous et promet d'en publier les poids la semaine suivante
Qwen3.8-Max est accessible à tous depuis le lundi 3 août, deux semaines après la mise en circulation d'une préversion. Alibaba présente ce modèle comme le plus capable de sa famille Qwen à ce jour. L'architecture retenue est celle d'un mélange d'experts, dont seule une fraction des 2 400 milliards de paramètres travaille à chaque requête, avec une fenêtre de contexte annoncée à un million de jetons ; la fiche du modèle précise une entrée maximale de 991 000 jetons, ramenée à 983 000 lorsque le mode de raisonnement est actif, pour une sortie plafonnée à 131 000. Le modèle accepte du texte, des images et de la vidéo en entrée et ne produit que du texte. Alibaba le destine au développement logiciel, à la recherche et aux tâches de bureau longues, celles qu'un agent doit mener seul sur une durée étendue. Les résultats mis en avant sont ceux de l'entreprise elle-même et n'ont pas été reproduits par un tiers : 86,6 sur Terminal-Bench 2.1 et 92,6 sur GPQA Diamond, deux épreuves où GPT-5.6 Sol garde l'avantage avec 88,8 et 94,1, puis 93,0 sur PaperBench, où Qwen devance cette fois ses concurrents. Le modèle est accessible par interface de programmation et se trouve intégré à QwenWork, la plateforme d'agents professionnels entrée le même jour en bêta publique. L'annonce porte surtout sur la suite : l'entreprise s'est engagée à publier les poids la semaine suivante, ce qui constituerait sa première ouverture à cette échelle, et à sortir en parallèle un Qwen3.8-27B. L'action Alibaba a réagi le jour même : elle a terminé en hausse de 7 % à la Bourse de Hong Kong, et son titre coté à New York gagnait ensuite environ 4 % en préouverture.
Pourquoi c'est important
Alibaba annonce en réalité deux ouvertures, et c'est la plus petite qui intéresse une direction informatique. Héberger 2 400 milliards de paramètres suppose un centre de calcul spécialisé ; le Qwen3.8-27B, lui, tient sur une seule carte graphique haut de gamme. Une mutuelle marocaine dont les dossiers d'adhérents ne peuvent pas quitter le territoire jouera donc sa faisabilité sur cette seconde version. La hausse de 7 % enregistrée à Hong Kong le jour même mérite d'être notée pour ce qu'elle dit du marché : la promesse de publier les poids d'un modèle de premier rang est désormais lue comme une bonne nouvelle par des investisseurs qui y voyaient, il y a peu, un renoncement commercial. Sous quelle licence ces poids seront-ils diffusés ? Alibaba ne l'a pas dit, et tout l'usage commercial en dépend.
Source : The Decoder
Palantir relève sa prévision annuelle après un trimestre en hausse de 93 %, tiré par ses ventes aux entreprises
Un chiffre d'affaires trimestriel de 1,94 milliard de dollars, en hausse de 93 % sur un an quand les analystes attendaient 1,80 milliard : Palantir a publié ses comptes du deuxième trimestre le 3 août à 16 h 05, heure de New York, une fois Wall Street fermé. Le bénéfice net ressort à 1,06 milliard de dollars, soit 41 cents par action contre 35 attendus. Les ventes aux entreprises américaines progressent de 149 % sur un an, à 764 millions de dollars, quand les ventes au secteur public américain — agences fédérales, États et collectivités — avancent de 90 %, à 809 millions. L'entreprise a relevé sa prévision de chiffre d'affaires pour l'exercice, de 7,650-7,662 milliards de dollars, fourchette fixée en mai avec ses comptes du premier trimestre, à 8,150-8,158 milliards, ce qui reviendrait à une croissance annuelle de 82 %. L'objectif de ses seules ventes commerciales américaines passe dans le même mouvement au-delà de 3,424 milliards, contre 3,224 milliards jusqu'ici, et elle attend entre 2,160 et 2,164 milliards de dollars pour le trimestre en cours. Le directeur général et cofondateur Alex Karp met en avant une demande qu'il rattache à la « révolution de l'IA souveraine », et décrit dans sa lettre aux actionnaires une activité dont la croissance se cumule « à un rythme et à une échelle dont nous n'avons jamais été témoins ». Le titre gagnait 13 % dans les échanges d'après-clôture, à 142,01 dollars.
Pourquoi c'est important
Ce que vend Palantir n'est pas un modèle de langage mais la couche qui rend exploitables les données déjà détenues par une organisation : bases métier, historiques d'exploitation, documents épars. Une croissance de 149 % sur les seules ventes aux entreprises américaines, à 764 millions de dollars, mesure ce que le secteur privé consacre aujourd'hui à cette mise en ordre, quand le prix au jeton des modèles baisse régulièrement à capacité comparable. La conséquence est chiffrable dès le devis d'un projet d'IA : la licence du modèle en est le poste le plus léger ; la reprise des données et l'intégration au système d'information en font l'essentiel. La valorisation du titre, elle, se joue ailleurs que dans ces comptes — à 142 dollars après clôture, la place paie déjà la croissance des exercices suivants.
Source : Palantir Technologies
ChatGPT capte environ 88 % des dépenses d'IA identifiables de la Chambre des représentants américaine
CNBC a dépouillé les registres de décaissement de la Chambre des représentants sur les douze mois arrêtés au 31 mars 2026 et y a retrouvé au moins 113 740 dollars de paiements attribuables à des fournisseurs d'intelligence artificielle nommément identifiés. OpenAI en concentre 100 580, soit environ 88 % du total, réglés en 798 transactions distinctes par des bureaux d'élus, des commissions et des comptes institutionnels ; Anthropic suit loin derrière avec 13 160 dollars en 37 transactions. La répartition politique penche nettement d'un côté : 54 165 dollars engagés par des bureaux d'élus démocrates contre 15 782 par leurs homologues républicains. Les collaborateurs parlementaires se servent de ces outils d'IA, dont CNBC décrit l'usage comme une catégorie et non produit par produit, pour rédiger des notes, résumer et analyser des textes législatifs, préparer des auditions, répondre au courrier des électeurs. L'implantation ne s'est pas faite au hasard : le House Digital Service avait distribué en 2023 un premier lot de 40 licences ChatGPT Plus à des collaborateurs des deux partis, et OpenAI a formé des équipes parlementaires avec la Congressional Management Foundation. Le chiffrage sous-estime très probablement l'usage réel, comme CNBC le signale : il laisse de côté les comptes gratuits, les fonctions d'IA incluses dans des contrats logiciels plus larges — Microsoft Copilot au premier chef — et l'essentiel de l'usage au Sénat. Le décompte paraît alors que les deux entreprises intensifient leur travail d'influence à Washington : selon les déclarations fédérales examinées par Issue One, organisation non partisane de veille sur la vie démocratique, OpenAI a consacré 1 million de dollars au lobbying au premier trimestre 2026, en hausse de 82,5 % sur un an, et Anthropic près de 1,6 million, plus du triple de son niveau du premier trimestre 2025.
Pourquoi c'est important
100 580 dollars sur 113 740, en 798 transactions : la dépense est faible, la concentration ne l'est pas. Une assemblée qui examine des textes sur l'IA effectue la quasi-totalité de ses achats d'outils traçables chez une des entreprises concernées, laquelle a porté son lobbying à 1 million de dollars sur le seul premier trimestre. Le décompte ne dit rien des comptes gratuits ni des fonctions d'IA livrées avec d'autres logiciels, que CNBC ne peut pas isoler ; il éclaire en revanche la manière dont une position s'installe, par une distribution initiale de licences puis une propagation bureau par bureau, sans arbitrage d'ensemble en aval. 113 740 dollars sur un an ne se discutent pas en commission ; ce qui se discute, c'est la liste des documents qu'un collaborateur a le droit de déposer chez un tiers. Elle s'établit avant que huit cents habitudes ne soient prises, et les historiques de conversation avec elles.
Source : CNBC
June lève 20 millions de dollars en pre-seed pour cartographier les processus d'entreprise et bâtir les agents qui les reprennent
Les quatre fondateurs de Bonobo AI, société d'analyse des conversations clients rachetée par Salesforce en 2019, sont sortis de l'ombre le 3 août avec June et 20 millions de dollars en pre-seed. Le tour est mené par Time Ventures, le fonds personnel de Marc Benioff, avec la participation notamment de Michael Dell, Diane Greene, Aaron Levie et George Kurtz, ainsi que de plusieurs fonds ; l'entreprise a refusé de communiquer sa valorisation. Efrat Rapoport, qui a occupé des fonctions de direction chez Salesforce après le rachat, dirige June aux côtés d'Ohad Hen, Barak Goldstein et Idan Tsitiat. Le produit s'attaque à l'étape qui précède le déploiement : il analyse les systèmes déjà en place dans l'entreprise, y repère les goulets d'étranglement, puis construit lui-même les enchaînements confiés à des agents censés les remplacer, en prévenant les équipes par les canaux de communication maison. « Nous vous donnons automatiquement la feuille de route complète de ce qui doit se passer, étape par étape, pour que vous puissiez réellement déployer cet agent avec succès dans un environnement d'entreprise, souvent très complexe », résume Rapoport. L'entreprise met en avant le cas de CMG, prêteur hypothécaire américain, qui avait basculé son ingénierie logicielle sur Claude Code mais butait sur le raccordement à son environnement Salesforce ; son directeur de la stratégie Paul Akinmade dit que son équipe y a gagné une vue claire des endroits où déployer des agents, et la possibilité de le faire en toute sécurité. Il pose par ailleurs une condition de principe à ses achats : un produit qui exige des ingénieurs détachés chez le client ne l'intéresse pas.
Pourquoi c'est important
Le traitement des factures fournisseurs d'une PME casablancaise tient dans les habitudes de trois ou quatre personnes, et dans aucun document. C'est ce vide que June prétend combler avant d'installer le moindre agent, et beaucoup de directions ont découvert à leurs dépens qu'il constitue le point dur de ces projets. Reste à démontrer qu'un logiciel s'en acquitte de façon fiable : une cartographie automatique hérite des angles morts des systèmes qu'elle lit, et ignore tout de ce qui se règle par téléphone. Vingt millions de dollars avant qu'un produit soit installé à grande échelle, c'est en tout cas le prix que des investisseurs comme Marc Benioff ou Michael Dell mettent aujourd'hui sur une cartographie de processus.
Source : TechCrunch
Cadrer un projet d'agents en entreprise →Superblocks installe le développement par dialogue à l'intérieur du compte cloud des clients d'AWS
Superblocks et Amazon Web Services ont annoncé le 3 août un accord de commercialisation conjointe pluriannuel. Il permet d'embarquer l'outil de vibe coding de la jeune pousse — le développement d'applications par simple dialogue avec l'IA, ici destiné aux utilisateurs métier et non aux développeurs — à l'intérieur du cloud privé d'un client d'AWS, c'est-à-dire dans le compte que celui-ci exploite déjà ; AWS aidera par ailleurs à vendre Superblocks aux grands comptes, comme il le fait pour ses partenaires de la place de marché. Le point technique commande le reste : les applications créeront leurs bases de données Amazon Aurora dans ce compte au lieu d'appeler un service extérieur, et passeront par Amazon Bedrock pour la partie modèles. « L'essentiel, c'est que les données ne sortent jamais », explique le cofondateur et directeur général de Superblocks, Brad Menezes, qui cite l'audit, le chiffrement et les contrôles réseau déjà en place sur ce compte. L'entreprise, forte d'une cinquantaine de salariés, a levé 60 millions de dollars au total, sa série A remontant à mai 2025, auprès de Spark Capital, Kleiner Perkins, Meritech Capital et Greenoaks.
Pourquoi c'est important
Qui a le droit de créer une application, qui la maintient quand son auteur change de service, comment la direction informatique en garde l'inventaire : ces questions se posaient déjà à l'époque des macros Excel, et ce sont celles qui reviennent une fois retirée l'objection de la sortie des données. C'était jusqu'ici l'argument qui faisait refuser ces outils, bien plus que leur qualité, et aucune promesse contractuelle n'y répondait vraiment. Un assureur casablancais déjà hébergé chez AWS tient là de quoi rouvrir un dossier qu'il avait classé. L'accord ne vaut toutefois que pour les clients d'AWS, et il n'invente pas le principe : Superblocks commercialise par ailleurs un agent auto-hébergé qui garde les données dans le réseau du client, et des concurrents comme Retool s'installent de la même façon dans le cloud privé d'une entreprise.
Source : TechCrunch