Les règles européennes de transparence sur l'IA s'appliquent, la Commission peut désormais sanctionner les fournisseurs de modèles à usage général
Le fournisseur d'un agent conversationnel doit désormais le concevoir de telle sorte que son interlocuteur sache qu'il s'adresse à une machine, sauf lorsque cela est évident au regard du contexte ; et les contenus de synthèse — audio, image, vidéo ou texte — doivent en principe porter une marque lisible par machine, dans la limite de ce qui est techniquement faisable et sous réserve des exceptions du texte, dont l'assistance à l'édition. Ces obligations, celles de l'article 50 du règlement (UE) 2024/1689, sont entrées en application le dimanche 2 août. Leur contrôle revient aux autorités nationales de surveillance du marché, sauf là où le Bureau de l'IA de la Commission est exclusivement compétent : les systèmes bâtis sur un modèle à usage général lorsque le modèle et le système viennent du même fournisseur, et ceux qui constituent une très grande plateforme ou un très grand moteur de recherche désignés au titre du règlement sur les services numériques, ou qui y sont intégrés. Le Contrôleur européen de la protection des données, lui, garde les systèmes des institutions de l'Union. Le régime de sanctions existe depuis un an sans avoir eu prise sur la transparence : un manquement à l'article 50 expose à une amende pouvant atteindre 15 millions d'euros ou, si l'auteur est une entreprise, 3 % de son chiffre d'affaires mondial de l'exercice précédent, le plus élevé des deux montants étant retenu — le plus faible pour une PME, et, depuis le 27 juillet seulement, pour une petite entreprise à moyenne capitalisation. La nouveauté du jour tient à l'article 101, qui autorise la Commission à infliger des amendes aux fournisseurs de modèles à usage général, dont les obligations couraient depuis un an sans sanction possible. Le volet le plus lourd du règlement n'est pas de la partie : un texte adopté le 8 juillet et entré en vigueur le 27 juillet a repoussé les exigences sur les systèmes à haut risque au 2 décembre 2027, puis au 2 août 2028 pour ceux qui sont intégrés à des produits déjà réglementés, les colégislateurs invoquant dans les considérants le retard des normes harmonisées et celui de la mise en place des autorités nationales. Les éditeurs dont les systèmes génératifs étaient déjà commercialisés avant le 2 août ont par ailleurs jusqu'au 2 décembre pour se conformer à l'obligation de marquage.
Pourquoi c'est important
Le règlement ne s'arrête pas aux frontières de l'Union. Son article 2 vise les fournisseurs qui mettent un système sur le marché de l'Union, qu'ils soient établis dans l'Union ou dans un pays tiers, et il attrape aussi les fournisseurs comme les déployeurs d'un pays tiers dès lors que la sortie produite par le système est utilisée dans l'Union. Un éditeur de logiciel installé à Rabat qui vend un assistant conversationnel à une mutuelle française relève du premier cas, sans filiale ni établissement européen. La mention à l'ouverture de la conversation se met en place sans difficulté ; le marquage des sorties beaucoup moins, puisque le règlement lui-même ne l'exige que dans la limite du techniquement faisable, au regard de l'état de l'art et du coût. Reste la question que les contrats d'infogérance signés avant l'échéance n'avaient aucune raison d'anticiper : lequel, du prestataire marocain ou du client européen, endosse la qualité de fournisseur au sens du règlement, et l'obligation qui va avec. Marcus Evans, associé du cabinet Norton Rose Fulbright, observe auprès de Sifted que ces exigences ont une portée plus large que la plupart des organisations ne l'imaginent et qu'elles peuvent atteindre aussi celles qui déploient des outils d'IA sous leur propre marque. Peter Van Dyck, du cabinet A&O Shearman, s'attend pour sa part à une montée en charge progressive, les entreprises devant d'abord démontrer qu'elles travaillent à leur conformité.
Source : Commission européenne
Mettre son usage de l'IA en conformité →La loi californienne sur la transparence de l'IA devient applicable aux grands systèmes génératifs
Adoptée en 2024, la loi californienne sur la transparence de l'IA est devenue applicable le 2 août, après un texte d'octobre 2025 qui a déplacé son échéance du 1er janvier 2026 tout en élargissant son champ à de nouvelles catégories d'acteurs. Elle vise les fournisseurs dont le système d'IA générative dépasse à lui seul le million de visiteurs ou d'utilisateurs mensuels et se trouve publiquement accessible sur le territoire de l'État, la loi ne précisant pas si ce seuil d'audience se compte à l'échelle mondiale ou sur les seuls utilisateurs californiens. Ces éditeurs doivent mettre à disposition gratuitement un outil permettant de vérifier si un contenu provient de leur système, laisser à l'utilisateur la possibilité d'apposer une mention apparente — visible ou audible selon le support —, et embarquer dans les images, les sons et les vidéos créés ou modifiés une signature imperceptible, permanente ou extraordinairement difficile à retirer, dans la mesure où cela est techniquement faisable. Cette signature porte le nom de l'éditeur, celui du système et son numéro de version, l'horodatage de création et un identifiant unique ; elle doit être reconnue par l'outil de détection de l'éditeur lui-même et conforme aux normes largement acceptées par l'industrie, que la loi s'abstient de nommer. La pénalité civile s'élève à 5 000 dollars par violation, chaque journée de non-conformité comptant pour une violation distincte, à la diligence du procureur général de l'État, du service juridique d'une municipalité ou de celui d'un comté. Deux autres catégories d'assujettis suivront au 1er janvier 2027, les grandes plateformes de diffusion et celles qui mettent en téléchargement du code source ou des poids de modèles, puis les fabricants d'appareils d'enregistrement au 1er janvier 2028.
Pourquoi c'est important
Une conséquence de cette loi américaine se lira depuis Casablanca ou Dakar sans qu'aucun rattachement juridique soit nécessaire : les outils de détection doivent être accessibles au public sans condition de territoire, l'éditeur ne pouvant y apporter que des limitations raisonnables, pour prévenir un risque démontré pesant sur la sécurité ou l'intégrité de son propre système, ou pour y répondre. Une rédaction qui reçoit un visuel douteux, un service de communication confronté à un faux communiqué illustré, peuvent donc exiger depuis le 2 août ce moyen gratuit de vérification — la loi impose l'ouverture de l'outil, elle ne garantit pas qu'il soit déjà en ligne chez chacun. Deux limites méritent d'être connues avant de s'y fier. Chaque éditeur ne reconnaît que ce que ses propres systèmes ont produit, et la loi ne lui demande pas de détecter l'hypertrucage en général. La signature imperceptible, elle, ne couvre ni les textes ni les contenus sortis des services restés sous le seuil du million d'utilisateurs.
Source : California Legislative Information
Le Deep Learning Indaba, grand rendez-vous africain de l'IA, s'ouvre à Lagos pour six jours
Le Deep Learning Indaba s'ouvrait le dimanche 2 août à la Pan-Atlantic University de Lagos, pour six jours de tutoriels, d'ateliers et de conférences, selon le calendrier publié par les organisateurs ; leur compte officiel indiquait le lendemain que la rencontre était en cours. Le Nigeria, absent jusqu'ici de la liste des pays hôtes, succède à l'Afrique du Sud, au Kenya, à la Tunisie, au Ghana, au Sénégal et au Rwanda. Lancée en 2017 et interrompue par la pandémie, la manifestation en est à sa huitième édition ; la presse économique nigériane présente l'Indaba comme le plus grand mouvement de terrain de l'apprentissage automatique sur le continent. Les organisateurs ont placé l'édition sous le mot d'ordre « Sovereign Intelligence. African Scale ». Business A.M. annonçait en juillet plus d'un millier de participants, et une affluence attendue d'ingénieurs, de chercheurs, d'étudiants, de porteurs de start-up et de responsables publics venus de 45 pays africains et de la diaspora, chiffres qu'aucun décompte n'est venu confirmer depuis. Le programme se concentre sur six domaines : le traitement et l'évaluation des langues africaines, la constitution communautaire d'infrastructures de données, la sécurité et l'alignement des modèles, les applications au climat et à la santé, la propriété intellectuelle et l'infrastructure numérique publique, enfin l'ingénierie et le calcul avancés en apprentissage automatique. La formation proposée couvre notamment la programmation de noyaux de calcul sur processeur graphique et l'apprentissage automatique quantique.
Pourquoi c'est important
Le modèle de l'Indaba tient autant dans ses antennes nationales que dans sa semaine annuelle. Les IndabaX sont des rencontres montées sur place, avec le soutien de la structure mère, qui diffusent des connaissances et forment localement sans billet d'avion ni visa ; l'annuaire 2025 de l'association en recense quarante-six, le Maroc n'y figurant pas. Le pays en a pourtant tenu trois : la première en 2019 à la Faculté des sciences et techniques de Mohammedia, la deuxième en juillet 2023 à l'EMSI de Casablanca devant une cinquantaine de participants, la troisième le 10 juin 2024 à l'université Al Akhawayn d'Ifrane, qui en a réuni cent cinquante selon le décompte publié par l'association. Aucune édition marocaine n'est annoncée pour 2026, l'annuaire ne recensant du reste encore aucun pays pour cette année. Pour une école d'ingénieurs qui ne peut financer ni chaire dédiée ni grappe de calcul, c'est le levier le moins coûteux, à deux conditions : un enseignant qui prenne l'organisation à sa charge, et une candidature retenue par la structure mère, qui n'accepte aucun dossier pour l'instant et annonce la prochaine ouverture pour octobre.
Source : Deep Learning Indaba
Se former à l'apprentissage automatique →Manifestation en Alberta contre le centre de données d'un gigawatt de Meta
Devant le bureau du comté de Sturgeon, à Morinville, une manifestation s'est tenue le dimanche 2 août au matin contre le centre de données d'un gigawatt que Meta construit en Alberta ; la dépêche de La Presse Canadienne circule en deux versions, les unes évoquant des dizaines de participants, les autres des centaines. Aux cris de « Down, down with corporations », les manifestants ont dénoncé la pression du projet sur l'eau et sur le réseau électrique ; parmi les pancartes, une photographie de Mark Zuckerberg surmontée du mot d'ordre « Expropriate The Billionaire ». Ben Baril, l'un des organisateurs, étudiant en commerce de 20 ans à l'université de l'Alberta, affirme que la production électrique supplémentaire va « anéantir notre climat » par le volume de gaz naturel brûlé, et voit dans l'IA une menace pour les carrières des jeunes, en ce qu'elle remplace des emplois bien payés. Une résidente du comté, Jessica Tomashiro, redoute que l'installation de Meta et les autres projets que l'Alberta veut voir sortir de terre d'ici la fin de la décennie fassent grimper ses factures : « Mon eau, mon électricité coûtent déjà cher, jusqu'où cela peut-il monter ? » Le projet, dont la première pierre a été posée le 8 juillet, représente plus de 13 milliards de dollars canadiens ; la dépêche fait état d'une mise en service attendue d'ici deux à trois ans, calendrier que le communiqué de Meta du 8 juillet ne mentionne pas. La première ministre albertaine Danielle Smith avait déclaré le 11 juillet, lors de son émission de radio hebdomadaire, que l'installation consommerait autant d'eau qu'un terrain de golf ordinaire, son refroidissement en circuit fermé ne prélevant rien dans le milieu environnant, et que le réseau provincial l'alimenterait avec son électricité excédentaire jusqu'au démarrage, en 2030, d'une nouvelle centrale au gaz. Cet équipement, le Greenlight Electricity Centre, doit produire 932 mégawatts et relève d'un consortium tiers, non de Meta. La mairesse du comté, Alanna Hnatiw, a publié le dimanche une déclaration disant entendre depuis plusieurs semaines les inquiétudes des habitants et les juger fondées ; elle y encourage les collectivités et les gouvernements à s'impliquer dans la surveillance réglementaire et dans l'élaboration d'accords internationaux sur l'IA, sans se prononcer contre le projet. Aucun porte-parole de Meta n'est cité par la dépêche.
Pourquoi c'est important
Le chiffrage que Meta a elle-même publié le 8 juillet dit l'essentiel de ce qu'un tel projet laisse à un territoire : environ 3 000 travailleurs au pic du chantier, plus de 300 emplois permanents une fois le site en service. Le rapport entre ces deux nombres mérite plus d'attention que la puissance installée ou le montant de l'investissement, puisqu'il décide de ce qui reste une fois les grues parties. Sur l'eau, les deux camps ne parlent pas de la même chose : les manifestants visent la consommation des centres de données en général, quand Meta annonce pour ce site un refroidissement liquide en circuit fermé, sans eau dans le circuit, la consommation se limitant selon elle aux usages domestiques, à la protection incendie et à l'entretien des équipements. Restent le raccordement électrique, la contrepartie fiscale et le caractère vérifiable des engagements pris. Meta en a publié une première liste dès le 8 juillet, dont 60 millions de dollars canadiens d'aménagements locaux et la prise en charge intégrale de ses coûts de service public. Ce que la journée du 2 août ajoute au dossier, c'est le calendrier : la mairesse avait accueilli l'entreprise le 8 juillet, le jour même où celle-ci lançait le chantier, et jugé les inquiétudes fondées vingt-cinq jours plus tard.
Source : The Globe and Mail
Lecteurs de plaques : une cinquantaine d'agents des forces de l'ordre américains accusés d'usage détourné, dont 26 affaires d'espionnage de femmes
Le Washington Post a publié le dimanche 2 août une enquête sur l'usage détourné des lecteurs automatiques de plaques d'immatriculation par des agents des forces de l'ordre américaines. Ses journalistes ont dépouillé des milliers de pages de dossiers judiciaires et de rapports internes de police, et interrogé sept victimes présumées. Leur décompte : au moins 50 agents inculpés ou mis en cause pour usage non autorisé de ces dispositifs, dont 26 affaires où enquêteurs et procureurs affirment que les policiers ont espionné leur épouse, leur compagne, une ancienne compagne, le nouveau partenaire de celle-ci ou des femmes qu'ils voulaient rencontrer. Sur l'ensemble des dossiers examinés par le journal, 46 mettent en jeu le système de Flock Safety, les autres des produits concurrents. L'entreprise indique au Post exploiter plus de 120 000 caméras dans plus de 6 000 communes, pour 20 milliards de lectures de plaques par mois. Sa caméra phare, le Falcon, s'appuie sur une reconnaissance d'images par intelligence artificielle, dite vision par ordinateur, qui lit la plaque d'une voiture lancée à vive allure, de nuit ou sous une pluie battante. Selon des documents de l'entreprise consultés par le journal, Flock a par ailleurs étoffé son outil d'une fonction d'empreinte du véhicule, qui permet de chercher une voiture à son allure ou à ses caractéristiques — un monospace blanc couvert d'autocollants, par exemple — sans connaître son numéro de plaque. Les chefs de service décident quels policiers reçoivent des identifiants, et l'agent accrédité n'a besoin d'aucun mandat pour lancer une recherche. Les guides de formation de l'éditeur recommandent d'en détailler le motif ; beaucoup de policiers expédient ce champ en un mot vague, « enquête » par exemple. Après que le journal lui a soumis ses constats, Flock a répondu qu'elle annoncerait prochainement « de meilleurs filtres et des outils pour stopper les abus avant qu'ils ne surviennent ».
Pourquoi c'est important
Les garde-fous en place n'ont pas retenu grand-chose : c'est ce que cette enquête apporte de plus transposable. Le système journalisait les requêtes et l'éditeur recommandait d'y détailler un motif. Le motif restait du texte libre, expédié en un mot qui compliquait le travail des affaires internes, et certains experts soupçonnent, rapporte le Post, que beaucoup de journaux d'audit ne soient jamais relus. Toute organisation qui exploite une base de données interrogeable retrouve le même problème, qu'il s'agisse d'un dispositif de vidéosurveillance urbaine, d'un contrôle d'accès biométrique sur un site industriel ou d'un fichier client : un champ de justification en texte libre ne vaut rien s'il n'est pas contrôlé par le système. Jay Stanley, analyste des politiques publiques à l'ACLU, défend l'exigence d'un numéro de dossier pénal pour chaque recherche, pratique qui devrait selon lui aller de soi et qui rendrait « le mensonge plus difficile et la détection plus facile, pour un service assez bien géré pour s'en soucier ». La détection automatique des anomalies, elle, existe déjà : Flock l'a mise sur le marché en avril, sous forme facultative, et elle fonctionne là où elle est activée — un service d'Albany, en Géorgie, a licencié cinq agents après un signalement de cet outil. À en croire l'entreprise, environ trois agences sur quatre ne l'ont toujours pas activée.
Source : The Washington Post (via Yahoo News)