La Californie promulgue Adam's Law et impose des audits de sécurité aux chatbots compagnons
Gavin Newsom a signé jeudi, à Sausalito dans le comté de Marin, treize textes sur la sécurité des mineurs en ligne, dont le Senate Bill 1119, dit Adam's Law. La loi porte le nom d'Adam Raine, un adolescent californien mort par suicide en 2025 après des échanges avec ChatGPT ; sa mère, Maria Raine, assistait à la signature, et ses deux parents se sont dits convaincus, dans une déclaration commune diffusée par le bureau du sénateur auteur du texte, que la loi « sauvera des vies ». Le champ d'application vise les chatbots dits compagnons, une catégorie définie par le texte, et non l'ensemble des IA conversationnelles. Les éditeurs devront évaluer les risques avant tout lancement ou modification substantielle de leur produit, orienter l'utilisateur vers des ressources de santé mentale à l'intérieur de l'application et prévenir les parents en cas de menace crédible d'automutilation. Certains réglages ne seront modifiables que par un parent, dont la limitation de la mémoire conversationnelle persistante, et la responsabilité civile de l'éditeur pourra être engagée s'il n'a pas pris de mesures raisonnables contre plusieurs catégories de sorties : automutilation, contenu sexuel explicite, jeu de rôle romantique, flatterie excessive, propos manipulateurs qui nourrissent la dépendance et isolent des proches. Le bureau du gouverneur présente le texte comme le premier du pays à exiger des audits indépendants de sécurité de l'enfance et des évaluations annuelles des risques, et celui du sénateur Steve Padilla, auteur du projet, affirme que la Californie devient le premier État doté d'un cadre complet sur les chatbots et les enfants ; ces deux formulations émanent de parties prenantes à l'adoption. Le texte voté, publié sur le site du Parlement californien, décrit une cadence différente de celle qu'annonce le gouverneur : un premier audit de sécurité de l'enfance, puis un audit indépendant tous les deux ans, et une évaluation des risques déclenchée par un lancement ou une modification substantielle, non par le calendrier. Ce même texte échelonne son entrée en vigueur, l'essentiel des obligations devenant opérant le 1er juillet 2027 et l'audit étant exigé au plus tard le 1er janvier 2029. Le paquet comprend enfin l'AB 1709, qui interdit à certaines plateformes de réseaux sociaux d'employer des fonctionnalités addictives auprès des moins de 16 ans.
Pourquoi c'est important
Le texte ne crée pas le sujet : la Californie avait déjà légiféré en 2025, avec SB 243, sur les chatbots compagnons, et Adam's Law étend ce dispositif. Ce qui change pour une entreprise qui publie une application conversationnelle tient à la charge de preuve. L'évaluation des risques doit exister avant le lancement, l'audit doit être conduit par un tiers indépendant et renouvelé tous les deux ans, et c'est l'éditeur qui produit les documents, sans attendre qu'un utilisateur se plaigne. Quiconque a vécu une mise en conformité au RGPD reconnaîtra le mécanisme. Le calendrier laisse du temps sans plus, l'essentiel des obligations ne devenant opérant qu'au 1er juillet 2027. Pour un éditeur marocain qui distribue son application sur les magasins américains, la question devient pratique : maintenir deux versions de son produit, ou aligner la version mondiale sur la règle la plus exigeante. Un détail compte pour les équipes techniques : la loi s'appuie sur les signaux d'âge fournis par le système d'exploitation, prévus par AB 1043 en 2025, et fait donc reposer une partie de la vérification en amont de chaque application.
Source : Bureau du gouverneur de Californie
Anthropic détaille quatre usages hostiles de Claude visant la Centrafrique, le Mali, le Kenya et la RDC
Le rapport de renseignement sur les menaces publié jeudi par Anthropic, qui couvre les activités perturbées entre décembre 2025 et août 2026, consacre notamment quatre études de cas à des opérations visant des pays africains. À Bangui, un compte tenu par un russophone alimentait chaque jour Radio Lengo Songo (98.9 FM) en contenus coordonnés avec RT, Sputnik Afrique, TASS et la Maison russe ; l'entreprise relie cet acteur à Politology, la branche d'influence d'Africa Corps/Wagner qu'elle évalue passée fin 2023 sous le contrôle du renseignement extérieur russe. Claude a refusé la demande la plus agressive de l'opération, qui consistait à désigner nommément de vraies personnes comme des militants pour attirer sur elles l'action des forces de sécurité ; l'acteur a en revanche produit de faux documents attribués à la gendarmerie et au ministère de la Défense centrafricains. Au Mali, le rapport attribue la conception de Lakana 360 à un unique abonné de Claude, vraisemblablement un consultant indépendant basé à Bamako travaillant avec l'Agence nationale de la sécurité d'État ; cette plateforme suit environ 25 millions de cartes SIM sur les trois opérateurs du pays, et l'obligation de mandat a été retirée, à la demande du commanditaire, du module qui rédige une fiche de renseignement sur n'importe quel numéro, avec conservation illimitée des données. Au Kenya, un acteur isolé faisait produire des lots d'exactement cinquante tweets destinés à passer pour des commentaires spontanés, dont une bonne partie louait le secrétaire à l'Énergie Opiyo Wandayi pour avoir bloqué une hausse programmée des tarifs de Kenya Power, quand d'autres annonçaient l'éclatement de la coalition United Opposition avant les élections générales de 2027 ; Anthropic écrit n'avoir trouvé aucune preuve d'implication gouvernementale. Un réseau de désinformation commerciale, remonté jusqu'à LKM Company, agence de publicité numérique établie en France, a enfin publié au moins 8 913 articles en une vingtaine de langues sur environ 70 faux sites d'actualité, dont 318 consacrés à la République démocratique du Congo.
Pourquoi c'est important
La sanction d'Anthropic s'arrête à la porte du client. Le bannissement du compte a interrompu la conception et le développement de Lakana 360 ; il n'a rien changé au fonctionnement de la plateforme, qui tourne sur site avec des modèles locaux. Un fournisseur de modèle peut couper l'accès pendant la phase d'ingénierie, et perd la main ensuite. Second enseignement, moins spectaculaire : l'échelle Breakout de la Brookings Institution, que le rapport utilise pour mesurer la diffusion réelle, classe le dossier kényan en catégorie 1 et le réseau de faux sites en catégorie 2, c'est-à-dire une audience restée cantonnée au dispositif lui-même. Seule l'opération centrafricaine atteint la catégorie 4, parce qu'elle passe par une radio, des canaux Telegram et des médias locaux qui la reprennent. Le volume de contenus produits ne dit donc rien de leur portée, et une rédaction africaine qui voudrait mesurer l'exposition de son public a intérêt à regarder les relais plutôt que les compteurs de publication. Le dossier malien pose une autre question, que peu d'administrations ont tranchée : une plateforme de surveillance à l'échelle d'un pays a été spécifiée et codée avec un modèle commercial pour principale force d'ingénierie.
Source : Anthropic — rapport de renseignement sur les menaces
Anthropic accuse Moonshot et DeepSeek, et des opérateurs affiliés à Alibaba, d'avoir copié le raisonnement de Claude
Depuis une première divulgation en février 2026, Anthropic dit avoir repéré et interrompu des attaques de distillation venues de sept laboratoires établis en Chine. L'entreprise appelle distillation illicite une campagne industrielle et clandestine destinée à extraire les capacités d'un modèle pour les reproduire ailleurs sans autorisation, par opposition à la distillation employée en recherche. Celle qu'elle attribue à des opérateurs affiliés à Alibaba est la plus importante qu'elle ait mesurée : plus de 151 millions d'échanges entre mai et juillet, avec un pic proche de 3 millions par jour depuis plus de 3 500 comptes frauduleux, visant les traces de raisonnement d'Opus 4.6 et 4.7 pour entraîner les modèles Qwen 3.5, 3.6 et 3.7. Anthropic met en cause directement Moonshot AI, éditeur des modèles Kimi, qui aurait discrètement redirigé vers Claude une partie des requêtes de ses propres clients avant de leur présenter les réponses comme venant de Kimi : près de 300 000 requêtes en dix jours, par un réseau de 5 380 comptes frauduleux localisés pour l'essentiel à Singapour et au Japon, et plus de 23 millions d'échanges sur la période de mai à juillet. DeepSeek aurait employé des méthodes comparables, pour plus de 12,1 millions d'échanges sur quatorze jours en juillet. Sollicitées par CNBC, ni Alibaba, ni Moonshot, ni DeepSeek, ni Xiaomi n'avaient répondu à la publication de son article.
Pourquoi c'est important
Le mécanisme mérite d'être compris par qui intègre un modèle dans son produit. Claude ne renvoie pas son raisonnement brut mais une « signature de pensée », justement pour rendre la copie difficile ; selon Anthropic, Moonshot puis DeepSeek ont contourné cette protection en sauvegardant la signature, puis en la rejouant dans une session neuve pour faire reconstituer l'intégralité du raisonnement. Le rapport décrit par ailleurs, sans nommer son auteur, une autre ruse : une requête déguisée en tâche de traduction, où il est demandé au modèle de restituer sa mémoire de travail dans un japonais écrit uniquement en katakana. Le détournement de trafic reste toutefois l'élément le plus concret pour une entreprise. Si le récit d'Anthropic est exact, les échanges relayés contenaient des noms, des adresses électroniques et des données d'entreprise appartenant à des centaines d'utilisateurs finaux, partis chez un tiers sans que ces utilisateurs, ni sans doute leurs employeurs, en soient informés. Une équipe qui s'appuie sur l'un des services mis en cause a donc une question précise à poser à son fournisseur : qui traite réellement la requête une fois qu'elle a quitté l'application. Anthropic qualifie ces pratiques de « probablement incompatibles » avec les lois sur la vie privée, une formule qui n'est ni une décision de justice ni un avis de régulateur, et son rapport reste le récit d'un concurrent direct des laboratoires qu'il met en cause.
Source : Anthropic — rapport de renseignement sur les menaces
Savoir où partent les données confiées à un modèle →OpenAI ouvre en bêta publique son Agents API et expose aux développeurs le harnais de Codex
L'Agents API, mise en bêta publique le 10 septembre, donne aux développeurs le harnais et l'infrastructure qui font tourner Codex. Elle prend en charge trois tâches que les équipes réécrivaient jusqu'ici chacune de leur côté : la compression automatique du contexte quand une session longue approche de sa limite, le chargement des définitions d'outils au moment où elles servent, et la délégation d'un travail à des sous-agents qui avancent en parallèle, chacun avec son propre contexte. Le développeur choisit l'endroit où s'exécute l'agent, entre un bac à sable hébergé par OpenAI, sa propre infrastructure ou l'un des neuf partenaires annoncés, parmi lesquels Cloudflare, DigitalOcean, Modal, Oracle et Vercel. OpenAI ne facture pas l'interface elle-même : sont comptés les jetons, les outils, et, pour le bac à sable qu'elle héberge, le temps de conteneur consommé. Le harnais Codex sur lequel elle repose est publié en source ouverte. Les gains mis en avant sur la page d'annonce, un score d'évaluation passé de 0,71 à 0,85 chez Ciridae, 60 % de coût en moins par dossier chez SafetyKit et 86 % de réponses en échec en moins chez Hypha, sont des déclarations de clients choisies par OpenAI ; MarkTechPost, qui a couvert le lancement le même jour, les qualifie de chiffres fournis par le vendeur et non de tests indépendants.
Pourquoi c'est important
Une limite absente de la page d'annonce et signalée par MarkTechPost pèse plus lourd que ces gains pour une entreprise soumise à des règles de localisation : les données de l'Agents API restent hébergées aux États-Unis et l'option de rétention zéro n'est pas prise en charge. La documentation d'OpenAI ajoute que choisir un bac à sable auto-hébergé ne rend pas le service éligible à cette rétention zéro, le harnais demeurant géré par l'entreprise : une banque, un assureur ou un opérateur télécom tenu de garder ses traitements dans le pays se trouve donc écarté quel que soit l'environnement d'exécution retenu. Le reste est une affaire de temps d'ingénieur. Ce qu'une équipe assemblait à la main, du découpage d'une tâche à la gestion du débordement de contexte, devient un appel d'API, et la valeur se déplace vers la définition des outils et la vérification des résultats. Il s'agit d'une bêta, qu'OpenAI dit vouloir faire évoluer jusqu'à la disponibilité générale, et l'entreprise proposait déjà deux autres voies pour construire des agents, l'Agents SDK et l'API Responses.
Source : OpenAI
OpenAI suspend les nouvelles souscriptions à ChatGPT Pro à 200 dollars faute de capacité
Les nouvelles inscriptions et les montées en gamme vers l'offre ChatGPT Pro à 200 dollars par mois sont suspendues depuis le 10 septembre. Cette formule ouvre vingt fois le volume d'usage de l'offre Plus, là où le palier Pro à 100 dollars en ouvre cinq fois. L'annonce a été faite sur X par Thibault Sottiaux, que TechCrunch présente comme le responsable produit de Codex et de ChatGPT et Computerworld comme un membre de son personnel technique ; la page d'aide d'OpenAI en a repris les termes le jour même. Le motif invoqué est la pression exercée sur les systèmes par la demande pour Astra, le modèle lancé le 3 septembre, l'entreprise disant prendre « la plus petite mesure » qui lui permette de continuer à donner l'accès le plus large possible. Les abonnements à 200 dollars déjà actifs ne sont pas touchés, et Sottiaux indique que les autres offres et l'API restent disponibles ; la page d'aide confirme que le palier Pro à 100 dollars demeure ouvert aux nouveaux abonnés. En revanche, un abonné qui résilie ou rétrograde pendant la pause ne pourra pas revenir au palier à 200 dollars tant qu'elle durera. La veille, Sottiaux avait prévenu au conditionnel qu'une telle suspension pourrait devenir nécessaire. OpenAI n'indique ni la durée prévue, ni le volume d'inscriptions qui la motive.
Pourquoi c'est important
Un fournisseur qui cesse de vendre son offre la plus chère envoie un signal que peu d'indicateurs publics donnent aussi nettement : la limite qu'il rencontre tient à ses machines plutôt qu'à son carnet de commandes. Pour une équipe qui bâtit un plan de charge sur un abonnement précis, la conséquence est immédiate, puisque la disponibilité d'un palier cesse d'être acquise. La clause qui coûte le plus se lit en petits caractères : résilier ou rétrograder pendant la pause fait perdre sa place, sans garantie de la retrouver. La conduite prudente consiste donc à ne pas toucher aux abonnements en cours et à préparer un repli sur le palier à 100 dollars ou sur l'API, tous deux restés ouverts. Reste qu'aucun chiffre n'accompagne l'annonce, et que le qualificatif « sans précédent » appliqué à la demande n'a pas d'autre source que l'entreprise elle-même.
Source : TechCrunch
Positron lève 875 millions de dollars pour une puce d'inférence qui n'est pas encore fabriquée
Un tour de table de 875 millions de dollars porte Positron AI à une valorisation de 5 milliards après opération. SiliconANGLE y voit une multiplication par cinq depuis février, quand une série B de 230 millions valorisait le concepteur de puces d'inférence à 1 milliard, selon Implicator.ai. Le financement se décompose en une série C de 375 millions, sur une valorisation de 3,5 milliards avant opération, codirigée par NEA, Andra Capital, Atreides Management, Valor Equity Partners et SemiAnalysis Capital, et en une série C-1 pouvant atteindre 500 millions, menée par NEA et Jim Clark, cofondateur de Silicon Graphics et de Netscape. L'argent doit financer le passage en fabrication de la puce Asimov chez TSMC, en technologie N3P, à la fin de 2026, pour une production attendue au second semestre 2027. Il couvre aussi un centre de données d'ingénierie de plus de 2 mégawatts et la montée en cadence du système Titan, qui réunit quatre à huit puces par nœud. La société déploie déjà plus de cinquante baies de son système de première génération, Atlas, chez Oracle Cloud Infrastructure, et cite Jump Trading et i3d.net parmi ses clients de production. Son argument technique porte sur la mémoire, mais il vaut pour la génération à venir : elle annonce que ses systèmes de nouvelle génération exploiteront plus de 90 % de la bande passante mémoire disponible en s'appuyant sur de la LPDDR5X de grande diffusion, ce qui les dispenserait des chaînes d'approvisionnement tendues de la HBM.
Pourquoi c'est important
Les chiffres de performance qui accompagnent l'annonce demandent la même attention que le montant levé. Le média spécialisé Implicator.ai relève que les mesures d'Asimov proviennent de simulations, la puce n'ayant pas encore été fabriquée, et que le système Atlas installé chez Oracle repose sur des circuits programmables avec HBM et DDR5, une architecture différente de celle annoncée pour la génération suivante. Le multiple de 26 en jetons par dollar revendiqué face au GB300 NVL72 de Nvidia ne vaut qu'à 170 jetons par seconde et par utilisateur ; à 100 jetons par seconde, la page produit de Positron tombe à 2,4. Les données de comparaison proviennent enfin de SemiAnalysis InferenceX, et le communiqué ne relie pas cette source des chiffres à la participation de son fondateur, Dylan Patel, qui codirige pourtant la tranche de 375 millions et entre au conseil d'administration. Pour une entreprise qui achète de la capacité d'inférence, un seul chiffre compte vraiment : celui mesuré au débit qu'elle compte réellement servir à ses utilisateurs.
Source : Positron AI (communiqué)