NVIDIA se porte caution, jusqu'à 105 milliards de dollars, des premiers baux d'OpenAI en Ohio
Un fabricant de puces qui garantit la valeur résiduelle des baux de son client : le montage a été déposé le 17 août devant la Securities and Exchange Commission, où NVIDIA déclare avoir conclu avec SB Energy plusieurs garanties de ce type, portant sur environ 4,25 gigawatts de charge informatique au site de Portsmouth, dans l'Ohio. En cas de défaut, le fabricant ne prend pas à sa charge l'intégralité des loyers : il verse une somme généralement égale à l'écart entre la valeur minimale garantie du bail et ce qui est récupéré par une relocation ou une vente. Son obligation de paiement au titre de cet engagement initial est plafonnée à 105 milliards de dollars, plafond qui ne couvre pas les 3,75 gigawatts restants, arrondis à 3,8 dans le corps du dépôt, que le fabricant peut décider de garantir en plus, à sa seule discrétion. Jensen Huang décrit pour sa part un soutien limité à des portions définies des paiements de loyer et d'électricité, assorties d'un engagement de valeur résiduelle déterminé, et qui ne couvre ni le coût total du site, ni l'ensemble des obligations du locataire. Aucune garantie n'est présentée comme déjà en vigueur : selon le dépôt, une garantie ne prend « en général » effet qu'à la prise d'effet du bail correspondant, et les paiements du fabricant sont en outre subordonnés à des conditions de mise en service attendues à partir de 2028 ; le patron de NVIDIA situe pour sa part l'entrée en vigueur par tranches, au fur et à mesure des mises en service, entre 2028 et 2030. Seul le modèle de ces accords sera annexé au rapport trimestriel du fabricant pour le trimestre clos le 26 juillet 2026. Le locataire est une entité affiliée à OpenAI Group PBC, et NVIDIA ne verse rien tant que celle-ci reste solvable et paie ses loyers ; le déclencheur est une insolvabilité entraînant un défaut au titre du bail, ou un défaut de paiement. OpenAI s'est engagé à rembourser toute somme versée par le garant, dont l'obligation s'éteint au premier de ces termes : le vingtième anniversaire de la prise d'effet du bail, sa résiliation par OpenAI dans les conditions prévues, l'obtention par OpenAI d'une notation de crédit satisfaisante, ou d'autres cas usuels. OpenAI annonce de son côté sécuriser environ huit gigawatts-IT sur ce campus, que SB Energy, société d'infrastructures énergétiques dont SoftBank et OpenAI sont déjà actionnaires, construira, possédera et exploitera sous un bail de vingt ans, et qui hébergera exclusivement du calcul NVIDIA ; le dépôt précise que la tranche initiale de 4,25 gigawatts-IT accueillera la plateforme DSX du fabricant, sous réserve d'exceptions limitées. NVIDIA investit par ailleurs 1,5 milliard de dollars dans SB Energy, que le communiqué présente comme un apport immédiat. Le campus, lui, n'est pas neuf : le partenariat conclu avec les départements de l'Énergie et du Commerce, les dix gigawatts de production nouvelle et les 4,2 milliards de dollars de réseau ont été annoncés en mars, les 9,2 gigawatts de gaz l'ayant été plus tôt encore, dans le cadre de l'accord commercial entre Washington et Tokyo ; les premiers 800 mégawatts ne sont attendus qu'en 2028. Les deux décomptes d'emplois de chantier publiés ne portent ni sur le même périmètre ni sur la même durée, et le plus large est le moins élevé. La fiche du département de l'Énergie annonçait en mars plus de 10 000 postes sur quatre ans, couvrant la centrale, le gazoduc interétatique, les lignes de transport, les postes électriques et le centre de données, plus des dizaines de milliers d'emplois indirects ; le billet publié par OpenAI en attend 35 000 sur un chantier de six ans courant jusqu'en 2032, qu'il rattache tantôt au projet, tantôt au centre de données PORTS-Pike, sans jamais rapprocher son décompte du précédent. Les chiffres d'exploitation, eux, sont du même ordre, plus de 2 000 postes côté fiche fédérale et 2 500 côté OpenAI. Dans un billet qu'il signe le même jour sur le blog de NVIDIA, Jensen Huang pose lui-même la question du financement circulaire et y répond : « Non. OpenAI paiera le bail. » CNBC rappelle qu'OpenAI détient une participation dans SB Energy, dont Sam Altman fut un investisseur précoce.
Pourquoi c'est important
Ce que NVIDIA désigne comme le verrou du calcul — le terrain, l'électricité et le bâti — pèse aussi sur les projets marocains, à une autre échelle. Les premiers 800 mégawatts que l'Ohio attend en 2028, sur l'infrastructure électrique existante, dépassent à eux seuls la cible finale du centre de données de Nouaceur, 500 mégawatts pour 1,2 milliard de dollars, porté par un consortium associant le sud-coréen Naver Cloud, NVIDIA et Nexus Core Systems. Les huit gigawatts-IT du site américain valent environ quatre fois la capacité que Jeune Afrique attribuait en janvier à jusqu'à quatre projets marocains de même génération, proche de deux gigawatts. Un repère national : la capacité électrique installée du Royaume atteignait environ 12 250 mégawatts fin 2025 d'après les données de l'IRENA, dont 4 851 mégawatts de renouvelable, soit les 39,6 % du parc que l'agence publie pour le Maroc, quand le seul campus de Portsmouth prévoit au moins dix gigawatts de production nouvelle. Pour un dirigeant marocain, l'arbitrage porte sur ce qui doit être hébergé au Maroc, données que l'on veut garder sur le territoire et applications métier en tête, l'entraînement des modèles de frontière continuant d'être acheté ailleurs. Le raccordement joue en faveur du Royaume, avec une latence inférieure à vingt millisecondes vers le sud de l'Europe par le câble 2Africa. La demande, elle, reste le point faible : le taux d'utilisation moyen des centres de données africains plafonne autour de 40 %, contre 70 à 80 % en Europe ou au Moyen-Orient.
Source : Securities and Exchange Commission (formulaire 8-K de NVIDIA)
Cinq collaborateurs de la BCE jugent probable une correction des valorisations portées par l'IA
Malin Andersson, Johannes Breckenfelder, Stefano Corradin, Kalin Nikolov et Maria Antonietta Viola — trois économistes, un chef de section et une analyste de recherche — signent un billet mis en ligne le 17 août sur le blog de la Banque centrale européenne, dont la conclusion est nette : la recherche économique sur les révolutions technologiques passées mène à un constat préoccupant, celui qu'« une correction des valorisations boursières actuelles est probable ». Leur point de départ est le ratio CAPE, l'indicateur de Robert Shiller qui rapporte les cours des cinq cents premières valeurs américaines cotées à leurs bénéfices réels moyens sur dix ans : il est « proche de son pic historique », à des niveaux vus pour la dernière fois pendant la bulle Internet. La démonstration n'exige pas que les prix soient irrationnels. Dans le scénario rationnel, la généralisation d'une technologie étend son risque à l'économie entière, ce risque cesse d'être diversifiable, et la prime exigée par les investisseurs monte ; elle tend historiquement à l'emporter sur la bonne nouvelle que constituent les profits attendus, sauf lorsque la croissance de ces profits est assez forte pour la compenser, réserve que les auteurs posent explicitement. Dans le scénario comportemental, quand l'excès de confiance se dissipe, les prix peuvent chuter plus brutalement encore. Aucune prévision datée n'est avancée : le calendrier exact, écrivent-ils, est impossible à connaître à l'avance, ces cycles ne s'identifiant qu'après coup. Le chiffre qui concerne l'Europe est celui de l'exposition des ménages de la zone euro aux actions technologiques américaines, environ 440 milliards d'euros, logés pour l'essentiel dans des fonds et des ETF à bas coût, sans que ces ménages aient nécessairement conscience du risque de concentration ; le billet énonce ce montant dans son texte et renvoie, pour l'établir, à un graphique des avoirs des cinq plus grandes catégories d'investisseurs de la zone euro, en valeur de marché au troisième trimestre 2025. Les assureurs et les fonds de pension sont eux aussi significativement exposés aux « Sept Magnifiques », sans que le billet chiffre cette exposition dans son texte ; le graphique qu'il produit place toutefois le cumul de ces deux catégories à un niveau du même ordre que celui des ménages, ce dont la dépêche Reuters tire que leur exposition est à peu près identique. Une correction brutale peut forcer les fonds à vendre pour honorer les rachats, ce qui pousserait les valorisations plus bas et déclencherait de nouveaux rachats : c'est en cela, plaident les auteurs, qu'une correction est pour la zone euro une question de stabilité financière, et pas seulement une affaire privée. Ils avaient posé en amont deux canaux d'atteinte : l'exposition propre des investisseurs de la zone euro aux « Sept Magnifiques », que le billet qualifie de directe pour la distinguer de la contagion par les marchés, et le degré d'exubérance des marchés actions de cette même zone, qu'ils jugent au contraire limité ; ils ajoutent en conclusion que la corrélation historiquement très forte entre les places américaines et celles de la zone euro empêcherait cette dernière de rester à l'écart. Le billet n'engage que ses signataires et ne conclut jamais que l'IA est une bulle.
Pourquoi c'est important
Le canal décrit par les auteurs, celui de l'épargne des ménages qui part vers des trackers indiciels mondiaux et donc vers les grandes valeurs technologiques américaines, est étroitement encadré au Maroc pour l'épargne logée en OPCVM : la réglementation des changes plafonne à 10 % de la valeur de leur actif net libellé en dirhams les placements en devises à l'étranger des fonds qui collectent des souscriptions en dirhams, ceux qui collectent en devises ou en dirhams convertibles pouvant en revanche placer à l'étranger jusqu'à 100 % de ces souscriptions. Les entreprises d'assurances et de réassurance et les organismes de retraite relèvent d'un régime distinct et plus strict, qui limite ces placements à 5 % du montant total de leur actif net du dernier bilan clos pour les premières et à 5 % de leurs réserves pour les seconds. La structure de l'épargne collective fait le reste. Au 31 juillet 2026, selon les statistiques hebdomadaires des OPCVM publiées par l'AMMC, sur 826,73 milliards de dirhams d'actif net, les fonds Actions ne pesaient que 74,77 milliards, soit 9,04 % ; rapportées cette fois à l'actif total des OPCVM, 854,91 milliards, les actions cotées qu'ils détenaient toutes catégories de fonds confondues atteignaient 113,53 milliards, soit 13,28 %. Un épargnant marocain qui souscrit en dirhams resterait donc exposé au plus à hauteur de ce plafond de 10 %, sans commune mesure avec un ménage allemand ou néerlandais placé dans un tracker mondial. La contagion prendrait un autre chemin, que le billet nomme : les effets d'une correction américaine pourraient dépasser les marchés financiers pour atteindre le moral, les conditions de financement et l'embauche en zone euro. C'est par là que le Maroc serait touché, la zone euro étant son premier partenaire commercial et financier. Une direction financière qui prépare une levée en devises, ou un porteur de projet de centre de données adossé à des capitaux européens, a intérêt à suivre cette courbe plutôt que la cote de Casablanca. Les auteurs relèvent enfin que la marge pour baisser les taux ou mobiliser le budget est aujourd'hui plus étroite qu'à l'époque de la bulle Internet.
Une panne classée critique dégrade GitHub pendant 7 h 35, sans que la cause en soit publiée
Le taux d'erreur a atteint environ 20 % sur les interfaces web et le trafic d'API de GitHub, et environ 50 % sur les téléchargements d'archives et de contenu brut de dépôts. Ces deux mesures sont celles que la plateforme a publiées entre 14 h 04 et 16 h 16 UTC — son premier point chiffré, à 13 h 45, ne faisait état que d'environ 20 % d'erreurs sur de nombreuses fonctions, dont les pull requests et les issues —, pendant l'incident qu'elle a classé « critique » le 17 août, ouvert à 13 h 40 et clos à 21 h 15. Huit composants ont été touchés, la dégradation gagnant du terrain par paliers : l'API à 13 h 41, Actions à 13 h 42, les webhooks à 13 h 44, les issues à 13 h 46, les pull requests à 13 h 58, Copilot à 14 h 31, les Pages à 15 h 10 et les opérations Git à 15 h 21. L'authentification SAML et OIDC, le provisionnement SCIM et la synchronisation des équipes figuraient parmi les fonctions atteintes. GitHub a annoncé à 16 h 36 avoir identifié le composant fautif, puis a passé sa soirée sur des échecs d'authentification résiduels, désactivant partiellement les réessais de jetons à 19 h 13 et appliquant encore des mesures d'atténuation à 20 h 45. En clôturant l'incident, l'entreprise a promis une analyse de cause détaillée dès qu'elle serait disponible ; rien n'a été publié à ce stade. La plateforme, que GeekWire crédite de 225 millions d'utilisateurs quand ses propres pages revendiquent plus de 180 millions de développeurs, affronte depuis des mois la charge induite par le codage assisté par IA : son directeur technique, Vladimir Fedorov, écrivait en avril que le plan engagé en octobre 2025 pour décupler la capacité avait été revu en février, l'entreprise concluant qu'il lui fallait dimensionner pour trente fois son échelle d'alors. Le même jour, sans qu'aucun lien soit établi entre les deux événements, Cursor a commencé à déployer par étapes Origin, son service d'hébergement de code, en préversion sur ses formules payantes, à l'exception des organisations Enterprise dont les administrateurs s'y opposent ; sa documentation le réserve aux formules Pro, Teams et Enterprise et l'exclut des formules gratuites. Pour un dépôt recopié depuis GitHub, l'éditeur précise que les envois continuent d'aller vers GitHub, qui « reste la source de vérité », et les deux prestataires d'intégration continue intégrés au lancement, Depot et Buildkite, exécutent les workflows GitHub Actions existants, Buildkite y ajoutant ses propres pipelines.
Pourquoi c'est important
Le secteur marocain de l'outsourcing compte plus de 1 200 entreprises et plus de 148 500 emplois stables en 2024, pour un chiffre d'affaires à l'export de services de plus de 27 milliards de dirhams en 2025, contre 17,9 milliards sur la seule année 2023, selon le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l'administration, qui range dans le même métier le « digital export », c'est-à-dire les services technologiques conçus et développés au Maroc, développement logiciel compris, sans en publier le décompte séparé. Une partie de ces équipes livrent leur code à des donneurs d'ordre européens depuis un dépôt hébergé chez un prestataire américain. L'incident du 17 août a touché ce qui en commande l'accès : l'authentification fédérée SAML et OIDC, le provisionnement SCIM et la synchronisation des équipes, c'est-à-dire le mécanisme par lequel une équipe de Casablanca entre dans le dépôt de son client de Francfort. Une authentification qui échoue ferme purement et simplement l'accès. Le lancement de Cursor ne réduit qu'une partie de ce risque : recopier un dépôt GitHub dans Origin donne une copie que l'éditeur dit consultable et clonable, sans qu'il indique si elle le reste quand GitHub est indisponible, et les envois continuent d'aller vers GitHub. Y échappent les dépôts hébergés nativement chez Cursor, mais aussi ceux qu'on recopie puis qu'on détache, la documentation décrivant une option qui fait alors d'Origin la source de vérité et arrête la remontée des envois. Dans les deux cas, la dépendance se déplace vers un service en préversion, sans engagement de niveau de service publié. Cursor documente bien des contrôles de résidence des données, mais ils sont réservés aux clients Enterprise et la seule offre complète, inférence, traitement et stockage, porte sur les États-Unis, une couverture Union européenne et Islande limitée à l'inférence étant proposée sur demande ; l'option américaine est facturée 10 % de plus sur le prix des modèles éligibles, et la liste des fonctions couvertes qu'il publie ne cite pas Origin. Le filtre est aussi budgétaire, Origin étant exclu des formules gratuites et supposant un abonnement à 20 dollars par mois, ou 40 dollars par utilisateur et par mois en équipe, réglés en devises.
Source : GitHub Status
Wiz publie l'exploit de son agent chez Snowflake, puis nuance le soir même son accusation contre Copilot
Le titre d'une issue GitHub, recopié tel quel dans un script shell, a suffi — capture d'écran de Wiz à l'appui — à ouvrir le Jira interne de Snowflake. Wiz Research a rendu publique le 17 août l'enquête d'un outil maison, Red Agent, qui a repéré puis exploité cette injection de commandes dans le dépôt public du connecteur .NET de Snowflake, jusqu'à en tirer un jeton donnant accès en lecture aux projets d'ingénierie, de conformité de sécurité et de suivi des primes aux failles. Le workflow fautif se déclenchait à l'ouverture de n'importe quelle issue et insérait le titre et le corps du message, tous deux contrôlés par leur auteur, dans un script shell ; le garde-fou apparent ne protégeait rien, puisqu'il testait un champ toujours vide pour ce type d'événement. Toujours selon Wiz, sans qu'aucune source indépendante puisse le recouper, l'agent a analysé seul l'erreur de syntaxe que lui renvoyait le serveur d'exécution, ajusté sa charge et obtenu son rappel. L'épisode date du 23 juin, dans le cadre du programme de divulgation que Snowflake opère sur la plateforme HackerOne : Snowflake a corrigé le jour même, vingt minutes séparant l'ouverture du correctif de sa fusion, et fait tourner le jeton le lendemain. Ce qui s'est produit le 17 août, c'est la publication de l'enquête, puis sa mise à jour à 19 h 57 UTC. Wiz y précise que Copilot, co-auteur de la fusion, en avait relu le code et l'avait déclaré conforme sans voir les vulnérabilités critiques, et qu'on ignore si la modification du code était assistée par IA. Le corps du billet continue pourtant d'affirmer qu'un correctif automatique de l'outil a créé le vecteur d'injection. L'historique Git public ne tranche pas dans ce sens. GitHub non plus, et son démenti va plus loin que ce que Wiz concède : l'éditeur a déclaré à Forbes le 17 août, à l'issue d'une revue interne, que les contributions à l'origine de la vulnérabilité avaient été écrites par un humain et n'avaient été ni relues ni alimentées par Copilot, là où Wiz maintient au contraire que l'outil avait relu la fusion avant de la déclarer conforme. La ligne vulnérable a été écrite le 25 août 2025 par un ingénieur de Snowflake, dans un commit qui ne porte aucun co-auteur Copilot, sur la branche d'une demande de fusion ouverte le 7 août 2025 ; c'est la fusion écrasée du 18 juin 2026 qui l'a portée sur la branche principale, en supprimant le motif sûr alors en place. Ce commit de fusion compte bien Copilot Autofix parmi ses co-auteurs, mais il hérite cette mention d'un autre commit de la même branche, daté du 7 août 2025 et intitulé « copilot suggestion », qui ne modifiait qu'un second workflow, pas le fichier vulnérable. Entre la fusion du 18 juin et la découverte du 23, la faille est restée exposée cinq jours. Selon Wiz, Snowflake a passé ses journaux d'audit au crible sans y trouver d'accès extérieur autre que celui de l'agent sur cette fenêtre ; la déclaration publique de Snowflake, elle, se borne à indiquer que son enquête n'a relevé aucun accès non autorisé, et ces journaux n'ont pas été rendus publics. Wiz appartient à Google depuis mars et vend l'agent dont son enquête établit l'efficacité.
Pourquoi c'est important
La parade est connue et se vérifie vite. Une donnée non fiable, à commencer par le contenu d'une issue, ne doit jamais être insérée directement dans un bloc d'exécution, mais transiter par une variable d'environnement ; et les secrets n'ont rien à faire dans un workflow que n'importe qui peut déclencher de l'extérieur. La suite relève du droit marocain. Un établissement public, une collectivité ou une entreprise publique dont un jeton fuirait de cette façon entre dans le champ de l'article 8 de la loi 05-20 sur la cybersécurité, qui impose de déclarer l'incident à la Direction générale de la sécurité des systèmes d'information dès qu'on en a connaissance, le manquement étant puni d'une amende de 100 000 à 200 000 dirhams. Une entreprise privée ordinaire échappe à cet article, mais pas si elle a été désignée infrastructure d'importance vitale, l'article 14 étendant à ces infrastructures, publiques comme privées, toute la section qui contient l'article 8. Hors ce cas, elle n'échappe pas davantage à toute obligation, mais à des conditions plus étroites : l'article 33 n'impose aux prestataires de services numériques, catégorie où la loi range les hébergeurs de données et les fournisseurs de cloud, de déclarer un incident que lorsqu'il pèse significativement sur la fourniture de leurs services, et l'article 30 oblige ces mêmes prestataires, avec les exploitants de réseaux publics, les fournisseurs d'accès, les prestataires de cybersécurité et les éditeurs de plateformes, à signaler les événements susceptibles d'affecter les systèmes de leurs clients, sous la même amende. Si Snowflake a pu borner son incident, c'est qu'il disposait de la preuve. Or l'obligation de conserver un an les données techniques nécessaires à l'identification d'un incident ne pèse, dans le texte marocain, que sur ces mêmes opérateurs. Un organisme qui ne tiendrait ni journal d'exécution de ses workflows ni journal d'audit de son outil de suivi aurait à déclarer un incident dont il serait incapable de délimiter le périmètre.
Source : Wiz Research
Faire auditer ses chaînes d'intégration continue →Un témoin expert retenu par la défense de 3M a fait rédiger son rapport judiciaire par ChatGPT
Un témoin expert du bureau d'études KnightHawk Engineering, dont les services ont été retenus par le cabinet Thompson Coe et que 3M a désigné comme expert dans la procédure, a demandé à ChatGPT de « montrer comment 3M est responsable à 0 % » de l'explosion survenue le 24 janvier 2020 chez Watson Grinding, à Houston, qui a tué trois personnes. 404 Media a publié le 17 août l'enquête qui l'établit, en mettant en ligne le même jour près de six cents pages de pièces : un recueil de 365 pages reprenant ces échanges avec le modèle, la transcription de 134 pages de l'interrogatoire de l'expert par l'avocat des plaignants, et la désignation d'experts déposée par 3M. Josh Autenrieth, directeur fiabilité et opérations de KnightHawk, facturé 475 dollars de l'heure, n'avait jamais été témoin expert et, s'il est diplômé en ingénierie et revendique plus de vingt ans d'expérience industrielle, n'est pas ingénieur agréé. Le modèle a écrit la phrase commandée, en neuvième opinion du rapport. C'est lui qui l'a ensuite fait retirer : sollicité pour relire le texte dans le rôle de l'avocat adverse, il a averti qu'une conclusion à « 0 % » relevait de la répartition juridique et non de l'ingénierie, et permettrait à la partie adverse de faire passer son auteur pour un défenseur plutôt que pour un expert. La formule ne figure pas dans le rapport déposé au tribunal. Les invites dessinent un usage bien plus large qu'une relecture : demande de noter le rapport, note de 97 sur 100 que le modèle accorde à une version que l'expert lui a re-soumise, liste des cinq points d'attaque à préparer, photographie d'un détecteur de gaz envoyée dans un autre fil avec la question de savoir ce qu'elle montre, demande des noms de modèles de détecteurs industriels, et, glissée au milieu de ce dernier fil, la commande d'une maquette de t-shirt bordeaux frappée du slogan « our LL District Admin is worse than yours », soit « notre responsable de district Little League est pire que le vôtre ». À la barre, le 21 juillet, l'expert a d'abord soutenu qu'il avait bien dit s'être servi de ChatGPT pour aider à écrire le rapport ; puis, quand l'avocat lui a relu le verbatim de sa déposition, où il affirmait que l'IA n'avait pas écrit son rapport, il a reconnu avoir saisi ses opinions en amont et que l'IA l'avait « aidé à rédiger » un homme de paille sur lequel il a construit. Présenté ensuite à un rapport « à 90 ou 85 % ChatGPT », il s'est borné à répondre « si vous le dites ». Il dit avoir passé vingt-sept à trente heures à le retravailler, et a facturé 174 heures avant sa déposition. L'avocat des plaignants a montré au jury que ces conversations restaient accessibles en ligne, l'expert répondant qu'il n'avait « aucune idée » du fonctionnement de l'outil. Le jury du comté de Harris a accordé 61,5 millions de dollars aux plaignants en imputant 30 % de la responsabilité à 3M et 70 % à Watson Grinding, verdict rapporté le 12 août et troisième d'une série qui a déjà donné lieu à 118 millions de dollars en novembre 2025 et près de 38 millions en juin 2025, quand plus de 2 000 plaignants attendent encore leur procès. 3M a annoncé faire appel, et rien n'établit de lien entre l'usage de ChatGPT et cette décision. Ni le groupe, ni l'expert, ni son employeur n'ont répondu aux sollicitations du site.
Pourquoi c'est important
C'est une demande de production qui a mis cet usage au jour : l'un des avocats des plaignants, Will Moye, a exigé les invites lors de la déposition des 10 et 11 juin et obtenu, après trois heures d'interruption, les pages d'échanges — 350 selon 404 Media, 300 selon la transcription du procès —, puis, après lui avoir fait délivrer une assignation dès la déposition de juin, l'a appelé à la barre le 21 juillet pour le faire déposer dans son propre dossier, en le déclarant témoin adverse afin de pouvoir l'interroger de façon directive. La transposition marocaine demande une précaution : la loi 45-00 est bâtie autour de l'expert commis par la juridiction, le plus souvent inscrit au tableau, quand Autenrieth était un consultant recruté et payé par le conseil d'une partie. Pour l'expertise judiciaire proprement dite, les points d'appui existent. Environ 4 350 experts judiciaires étaient inscrits au Maroc, chiffre donné par le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi le 28 mai 2025 à Marrakech. Le serment de l'article 18 engage à remplir loyalement la mission, à donner son avis en toute impartialité et indépendance et à garder le secret professionnel, cette dernière obligation visant de front le versement de pièces d'un dossier dans un service tiers. L'article 22 place l'expert sous le contrôle du conseiller rapporteur, du juge rapporteur ou du juge chargé de l'affaire, et lui interdit de déléguer sa mission « à un autre expert », formulation qui vise un confrère et laisse sans réponse le cas d'un rapport écrit par un modèle. Les sanctions vont jusqu'à la radiation du tableau, et l'expert désigné par décision judiciaire qui consigne sciemment des faits contraires à la vérité, de nature à induire la justice en erreur, encourt les peines du faux témoignage. La loi 45-00 n'organise pas la production des matériaux de travail de l'expert, sans l'interdire non plus : elle peut être demandée au magistrat qui contrôle la mission, et le dossier de Houston fournit le précédent daté qui rend la démarche crédible. Ce cadre est appelé à changer : la loi 01.24 sur les experts judiciaires, votée par la Chambre des représentants le 20 avril 2026, amendée par la Chambre des conseillers le 16 juin puis adoptée définitivement en deuxième lecture le 29 juin, doit remplacer la loi 45-00.
Source : 404 Media
Apprendre à documenter et vérifier un travail assisté par IA →Le Nigeria dévoile une nouvelle politique du cloud et vise 750 millions de dollars d'investissement privé en deux ans
Le ministère nigérian des Communications, de l'Innovation et de l'Économie numérique a dévoilé le 17 août une politique nationale du cloud numérique dont le chiffrage est donné pour ce qu'il est, une ambition initiale : mobiliser 250 millions de dollars d'investissement privé dans les douze premiers mois, cible portée à 750 millions au bout de vingt-quatre. Aucun investisseur n'est nommé, aucun engagement n'est annoncé, et le texte de la politique n'est pas mis en ligne ; ce que l'on en sait vient du communiqué signé par le bureau du ministre Bosun Tijani. Le levier est la commande publique : l'État agrégerait ses besoins de capacité auprès de fournisseurs enregistrés pour constituer une demande d'ancrage prévisible, et créerait une place de marché numérique nationale pour ces achats. Quatre priorités structurent le texte : l'investissement et le développement du marché, qui couvre les centres de données, l'infrastructure cloud, la connectivité et les capacités de calcul pour l'intelligence artificielle ; l'exportation régionale de services numériques ; la migration de l'État vers le cloud ; la souveraineté et la sécurité numériques. La ligne la plus notable est celle qu'Abuja n'a pas retenue : la politique n'impose aucune obligation générale de localisation des données commerciales, réservant les exigences de résidence et de contrôle à des catégories définies de données gouvernementales et régulées. Le communiqué ne dit rien du sort des obligations sectorielles de localisation déjà en vigueur, et le texte n'étant pas publié, on ignore s'il les laisse intactes. Le ministère assume un marché ouvert à plusieurs fournisseurs, nationaux comme étrangers, et vise l'exportation de services depuis le Nigeria vers la Cedeao et le reste du continent. La répartition institutionnelle est posée, la NITDA au contrôle réglementaire, Galaxy Backbone à l'exploitation et le Bureau of Public Procurement sur les marchés publics ; la feuille de route court sur vingt-quatre mois en trois phases, et un comité de gouvernance du cloud gouvernemental souverain, présidé par le ministre, assurera la supervision stratégique et la coordination interministérielle du volet souveraineté. Les incitations promises ont une contrepartie, sous forme d'obligations de transfert de technologie pour les investisseurs qui en bénéficieront. Le communiqué reconnaît enfin la contrainte énergétique, sans chiffrer la manière dont elle serait levée.
Pourquoi c'est important
Les deux pays ont retenu le même instrument, le Nigeria le premier : le « Cloud First » oriente les institutions publiques nigérianes, fédérales comme locales, depuis la politique de cloud computing du 2 août 2019, dont la portée n'était alors que recommandée et qui créait une simple présomption d'examen du cloud avant toute autre option ; il ne devient obligatoire qu'avec la politique nationale du cloud d'octobre 2025, et pour les seules institutions fédérales et sociétés détenues par l'État fédéral, son adoption restant encouragée pour les États fédérés et les collectivités locales. Le texte du 17 août annonce le renforcer. Le Maroc a suivi en décembre 2025 avec la feuille de route Cloud 2025-2030, présentée à la Chambre des représentants, qui prévoit que le cloud devienne progressivement l'option par défaut des services publics. Ce qu'Abuja y ajoute, et que la présentation marocaine ne mentionnait pas, c'est une cible chiffrée d'investissement privé et une place de marché pour la commande publique. La concurrence de juridiction est directe. Le Nigeria annonce viser l'hébergement et l'interconnexion pour la Cedeao et l'Afrique subsaharienne, soit la clientèle régionale que visent aussi les hébergeurs marocains, au moment où le Royaume prépare sa propre capacité : mémorandum d'entente signé le 27 juillet 2026 entre le ministère de la Transition numérique et Vertiv, portant sur l'échange d'expertise et des études techniques en vue d'un centre de données souverain de 50 mégawatts à Rabat, et programme Igoudar Dakhla, complexe de centres de données verts adossé aux énergies renouvelables. L'ouverture, elle, est partielle. La politique n'assigne pas les données commerciales au sol nigérian, mais les directives de contenu local de la NITDA imposent aux opérateurs télécoms et aux sociétés de services réseau d'héberger au Nigeria l'ensemble des données d'abonnés et de clients, sans dérogation prévue, et aux sociétés de gestion de données d'y héberger l'ensemble des données souveraines, qu'elles ne peuvent faire sortir du pays sans autorisation expresse de l'agence. Un prestataire marocain peut donc viser depuis Casablanca les clients privés de Lagos ou d'Abuja qui ne relèvent pas de ces catégories, sous réserve du régime général de transfert : la loi nigériane de 2023 sur la protection des données n'autorise la sortie de données personnelles que vers un destinataire offrant un niveau de protection adéquat, ou dans l'un des cas qu'elle prévoit. Sur la commande publique fédérale, le communiqué ne tranche pas, et le texte du 17 août n'étant pas publié, on ignore ce qu'il laisse subsister de la politique nationale du cloud d'octobre 2025, dont il reprend pourtant les instruments, place de marché numérique nationale et comité de gouvernance du cloud souverain. En l'état des textes publiés, la règle reste celle d'octobre 2025 : elle impose de donner la priorité aux fournisseurs de cloud indigènes et désigne les intégrateurs de services indigènes comme les entités premières pour la fourniture des services cloud de l'État. Un fournisseur étranger ne peut être retenu que dans deux cas, une attestation écrite de la NITDA constatant qu'aucune capacité locale n'existe pour le service demandé, ou l'obtention d'un statut indigène provisoire en contrepartie d'un investissement jugé suffisant dans des infrastructures de centres de données au Nigeria.
Source : Ministère nigérian des Communications, de l'Innovation et de l'Économie numérique